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50 ans de prévention des incendies à Chelsea (1956-2006)

Par Carol Martin, traduction de Christiane Melançon. Article paru dans le magasine Up to the Gatineau no. 32, publié par la Société historique de la vallée de la Gatineau.


Durant ses 34 années de travail à titre de pompier bénévole à Chelsea, Ernie Tardiff a constitué des albums et recueilli divers souvenirs, qui ont alimenté la rédaction de cet article. Tardiff a été chef adjoint pendant une courte période au milieu des années 1970, puis capitaine de 1993 à 2002. Il est toujours membre du jury dans le cadre de la Compétition de désincarcération et Symposium du Québec.


À une autre époque, bien avant que les colons arrivent dans les collines de la Gatineau et commencent à faire brûler délibérément des secteurs de la forêt pour faire place aux fermes, des incendies causés par la foudre ravageaient sporadiquement les territoires forestiers.


Qu’il s’agisse d’un phénomène naturel ou le fruit de l’intervention humaine, délibérée ou accidentelle, les gens utilisent et craignent le feu à la fois. Ils ont besoin de s’en servir et de le contrôler.


En 2006, le Service des incendies de Chelsea a célébré son cinquantième anniversaire. Il s’agit aujourd’hui d’un groupe professionnel formé pour composer avec un large éventail de désastres, mais ses racines remontent fort loin, à une époque où il était composé uniquement de pompiers bénévoles et où les incendies étaient surtout des feux d’herbes.


Dans un procès-verbal municipal des années 1950, on retrouve une mention d’un « comité des incendies ». En 1955, on rapporte qu’une délégation de contribuables s’était adressée à la Municipalité de Hull Ouest pour demander la mise sur pied d’un service des incendies. Les 27 et 28 septembre 1956, la Municipalité a tenu un vote sur cette question, et sur 323 électeurs admissibles, 220 se prononcèrent en faveur de l’établissement d’un système de lutte contre les incendies.


En plus d’une taxe spéciale pour payer ce nouveau système, la Municipalité a alors contracté un prêt de 30 000 $ sous forme d’obligations. Le budget incluait 7 000 $ pour la construction d’une caserne de 25 sur 35 pieds (assortie d’un système de chauffage), 13 679,35 $ pour un camion d’incendie et 320,65 $ pour les autres dépenses. Une modification au règlement proposait l’ajout d’un camion citerne à la liste. L’immeuble original (au 181, chemin Old Chelsea, présentement Bougies Doozy Candles) existe toujours, jouxtant l’ancien hôtel de ville.


Quand Ernie Tardiff était étudiant au secondaire, il a travaillé pour la Commission de la capitale nationale durant l’été. Il était alors « sur appel » quand un feu d’herbes se déclarait. Devenu pompier bénévole pour Hull Ouest en 1968, il obtint une paire de bottes de caoutchouc, un imperméable et un chapeau de pompier. À cette époque, les pompiers bénévoles se présentaient souvent sur les lieux d’incendie à la hâte sans avoir nécessairement revêtu l’équipement réglementaire.


Les problèmes étaient nombreux, le premier étant de repérer l’emplacement de l’incendie à une époque où il n’y avait pas de numéro de porte sur les maisons. C’était plus facile quand la fumée était visible! Le pompier stationnaire fournissait une description générale de l’emplacement de l’incendie, après quoi les pompiers devaient se débrouiller sans plus pouvoir communiquer avec le pompier stationnaire ni avec les autres pompiers bénévoles en route vers le foyer d’incendie dans leurs véhicules personnels.


Avec le temps, il est devenu évident que les compétences utiles pour sauver des gens pouvaient être mises à profit dans d’autres situations. Les promeneurs, les amateurs d’escalade et les nageurs attirés par le parc de la Gatineau, la rivière Gatineau et les lacs de la région pouvaient aussi avoir besoin d’assistance. Les accidents sur les autoroutes présentaient aussi des risques d’incendie, et souvent des gens devaient être extirpés de leurs véhicules, parfois au moyen de simples outils à main. Vers la fin des années 1980, le Service des incendies de Hull Ouest assuma les responsabilités de sauvetage automobile du Service d’ambulance du Québec. En 1989, les membres du Service suivirent une formation sur l’utilisation du désincarcérateur auprès du Service d’incendie de Carleton Ouest. Les pompiers de Chelsea sont depuis devenus l’une des meilleures équipes de sauvetage en Amérique du Nord. Au fil des ans, l’équipe de désincarcération a remporté le championnat du sud-est du Québec, le championnat de l’ouest du Québec et celui de l’est de l’Ontario. Elle a aussi été l’une des 20 équipes d’Amérique du Nord invitée au championnat international qui s’est déroulé en Floride.


Si réagir aux urgences a toujours été important, vers la fin des années 1980, les pompiers de Chelsea ont commencé à exécuter des exercices de planification. L’un des scénarios envisagés était un incendie dans un dépotoir de pneus situé dans une ancienne gravière située au nord du village de Chelsea. Un certain nombre d’incendies de ce genre s’étaient en effet déclarés dans des sites analogues dans la région d’Ottawa-Hull au fil des ans. Les pneus se consument à des températures très élevées et produisent des fumées et des rejets toxiques, sans compter les risques élevés d’explosion qui les accompagnent. Vers 8 h 30, le 13 septembre 1990, un véritable incendie se déclara à cet endroit et l‘opération n’avait plus rien d’un exercice cette fois. Les pompiers de la municipalité (nouvellement renommée Chelsea) étaient prêts. En 25 minutes, les chargeuses frontales et les pelles mécaniques étaient sur place, séparant les amas de pneus et les couvrant de sable pour empêcher la propagation du feu. Le Service d’incendie de Wakefield envoya un camion-citerne et celui de Cantley se tint sur un pied d’alerte si jamais un autre incendie se déclarait à Chelsea. Quand les représentants de l’Équipe régionale d’intervention d’urgence-environnement de Montréal) arrivèrent le lendemain matin pour assister l’équipe de Chelsea de leurs conseils pour combattre un incendie de matériaux dangereux, le feu était éteint.


Durant les années 1990, sous la direction du chef Gordon McGillivray, les membres du Service d’incendie devinrent plus visibles aux yeux de la communauté. Ils participèrent à divers événements publics, dont une exposition de voitures anciennes, et ils transformèrent la caserne de pompiers en maison hantée à l’Halloween. Plus récemment, les pompiers ont organisé des petits déjeuners de crêpes à la l’érablière de l’École du Grand-Boisé, et ils en ont offert les profits à des organismes de charité comme la maison Quail et le Centre hospitalier Gatineau Memorial.


Au cours de la même période, le gouvernement du Québec a adopté une réglementation imposant une formation supplémentaire à tous les pompiers, y compris les bénévoles. L’équipe de Chelsea a donc assisté à des formations sur le comportement des incendies, du feu, le maniement des pompes à incendies, les premiers soins et les techniques de réanimation cardio-respiratoire (RCR) de même que la manipulation des cordes (sauvetages dans le parc de la Gatineau). Les pompiers ont consacré des soirées et des fins de semaine pendant des mois pour suivre ces formations.


En janvier 1998, quand la tempête de verglas a paralysé un large secteur de l’Ontario et de l’ouest du Québec, le Service des incendies a joué un rôle clé dans la manière dont Chelsea a réagi à l’état d’urgence. Depuis un poste de commande établi à la caserne de pompiers dans le village de Chelsea, des bénévoles ont offert un service téléphonique jour et nuit. Les pompiers ont prêté secours en divers endroits de la municipalité, pompant de l’eau hors de sous-sols, dégageant des arbres tombés sous le poids de la glace et combattant des incendies à d’autres moments. Ils ont aussi aidé les Forces armées canadiennes à déglacer les routes et à conduire des gens dans les refuges communautaires.


Les souvenirs accumulés durant ses 34 années de services à titre de pompier de Chelsea sont très vifs dans l’esprit d’Ernie Tardiff. Il se rappelle que la première femme pompière fut Lorraine Larose et qu’elle entra en fonction au cours des années 1980. Deux autres pompiers, Marc Meunier et Jim Connolly, se joignirent à l’équipe après avoir bénéficié de l’aide du Service des incendies. Dans le cas de Marc, ce fut après un accident de voiture. Quant à Jim Connolly, il joignit le Service des incendies après un feu dans sa propre demeure. Certaines familles ont compté plusieurs pompiers bénévoles à diverses époques, comme les Coyne, Dunlop, Faasen, Hamelin, Hendrick (cousins), Kelly, Larose, Léveillé, McGillivray, McKinley, Meunier, Miles, Poirier et Trudeau. M. Tardiff compte parmi les points saillants de sa carrière le moment où son fils Jamie est devenu à son tour pompier bénévole.


Certains des changements survenus à Chelsea durant ce demi-siècle ont permis de lutter plus rapidement et plus effacement contre les incendies. Grâce aux numéros de porte, au service d’urgence 911, aux téléavertisseurs des pompiers et aux radios bidirectionnelles dans les véhicules, il est maintenant beaucoup plus facile de repérer un lieu d’urgence et de communiquer l’information. Les installations de lutte contre les incendies ont aussi pris de l’ampleur pour répondre aux besoins d’une population croissante et de l’utilisation accrue de l’autoroute. En 2006, Chelsea comptait trois casernes de pompiers modernes, quatre camions de pompiers et un fourgon de protection, trois camions-citernes, trois camions d’équipement et un véhicule pour le chef de la prévention des incendies. L’équipement personnel des pompiers compte toujours des bottes de caoutchouc et un casque, mais la veste a été remplacée par une tenue de feu, des gants, des réservoirs d’air comprimé, une alerte en cas de détresse et des outils personnels. Malgré un mandat élargi, qui comporte maintenant la réponse aux urgences, le Service des incendies de Chelsea continue de reposer sur le travail de ses pompiers bénévoles.


Chefs des pompiers de Chelsea au fil des ans


Don Moore, Murray Cook, Henri Ferland et Harold Yuill (1962-1964);
Truman Johnson (1964-1968);
Harold Milks (intérimaire) (juin 1968 - août 1969);
Truman Johnson (1969-1971);
Harold Milks (1971-1973);
Donald McGillivray (1973-1979);
Norman Grant (1979-1987);
Gordon McGillivray (1987-1993);
Michael Dunlop (1993-2003);
Andrew Coyne (2003-2007);
André Hamelin (2007 à ce jour).